26 décembre 2009

NOËL 2009

Un autre Noël sans toi. Le quatrième. Comment est-ce possible?
Il m'arrive encore parfois de me dire que ça ne se peut pas.
J'ai des larmes à en revendre dans ces temps-là.
Mais je sais bien que personne n'en voudrait.

Hier, on a reçu ta famille paternelle au Café du village.
Il manquait Catherine, son nouveau copain, les filles à Ronald et celles de Gaétan.
Ça s'est bien passé et tout le monde est venu à la maison terminer la soirée, sauf ta tante Lucie; la petite Lydia que tu n'as pas connu était trop fatiguée; c'est la fille d'Éric.

Gabrielle était magnifique; Javier croit encore au Père Noël. À sept ans, presque huit. Tu te rends compte. Mais, il y a de grosses chances que ce soit la dernière année. Ton oncle Richard avait demandé à jouer le personnage. Il fait de l'emphysème et est sorti de l'hôpital tout récemment. Il a laissé Alexandre faire le clown. Un peu trop. Avec tous les cadeaux qu'il a reçus, comme dit Immanuel, Javier n'a pas intérêt à laisser paraître qu'il sait maintenant qu'il a tout découvert.

La veille on a reçu les amis de voile (Gérard, Suzanne, Solange, Bernard et Claude); j'ai fait une tourte à la dinde et au canard; ton côté fin gourmet aurait apprécié; il était évidemment trois heures du matin quand Solange est partie. J'ai donné à ta mère une lampe de Daniel-Jean. Il y a maintenant une de ces oeuvres au-dessus de ta tête et une autre dans le salon; ça me fait un lien supplémentaire pour te garder dans mon coeur.

En ce qui a trait au film; j'ai beaucoup de mal à me remettre au travail; ne t'en fais pas; je vais m'y remettre.

Pour le 31 on ira chez Dédé et on passera te voir avec les deux lanternes vertes qu'on n'a pu t'apporter la nuit de Noël.

Gros calin.

Ton père qui sait plus que jamais qu'un Noël Joyeux sans toi relève désormais d'une vraie chimère.

06 décembre 2009

26 ans

Hier, c’était ton anniversaire.
Ton parrain et ta marraine ont eu la gentillesse de nous inviter pour une raclette et partager quelques pensées à ton sujet.
Ils ont rappelé le plaisir qu’ils avaient à te voir leur rendre visite à l’improviste.
Dagmar a même raconté la fois où elle t’a offert de plonger dans l’étang. Sans maillot de bain ? Tu avais hésité. Elle en avait vu d’autre.
René a porté un toast à ta mémoire.
Quand on est rentré (Trop tôt à mon goût, mais ta mère était fatiguée), Yumiko avait laissé un message sur le répondeur et Paul, quelques pensées par courriel.
Ce matin, ce fut au tour de Sascha de donner de ses nouvelles. Tu continues à l’inspirer.

Cette année, mon chagrin se cristallise autour du fait que tu ne vieilliras jamais.
C’est frustrant d’être privé de ton évolution.

08 novembre 2009

YOU CAN CRY NOW

Laurent a 13 ans. Je travaille à Adomissile, la Maison des Jeunes de Saint-Rémi, à titre de coordonnateur. Quand je suis arrivé là, un projet gouvernemental de Santé Canada venait d’être accepté. Deux intervenants devaient réaliser un album musical pédagogique pour combattre le stress, en impliquant des jeunes de 12 à 17 ans dans cette création . Ainsi Laurent va enregistrer 3 chansons et composer paroles et musique de deux d’entre elles. Il a suivi des cours de guitare basse et fondé son premier orchestre avec Olivier Bertrand (guitare) et Jonathan Saint-Hilaire (Batterie): Alien Exposure . Sa voix d’adolescent vous est offerte 13 ans plus tard. Les photos du clip ont été prises lors d’une danse organisée par la Maison des jeunes de Châteauguay; je les ai agencées la semaine dernière avec un nouveau logiciel de montage.


26 octobre 2009

UN MOIS PLUS TARD


Jour pour jour, il y a un mois que je n'ai pas donné signe de vie.
Même récupérer le blogue devient une aventure. Un calvaire d'automne.
Non, je ne suis pas paralysé.
Mais mettons que le coup a été dur à encaisser.
Une fois de plus au tapis de la vie; sonné.
Ais-je déjà cru que la boxe remettait les idées en place?

Rechargé la discothèque de Laurent. Le DJ automatique d'ITunes a lancé Beethoven: l'Hymne à la Joie de la 9e. Pas question que j'aille me coucher. Juste après Xploding Plastic, Marilyn Manson, Rendez-vous doux de Gerry Goulet, Moby. S'en viennent Seu Jorge (Rock N'Roll Suicide), Amon Tobin, Aïda de Verdi, Lenny Kravitz (Fly Away), Mathieu Chedid Je Dis Aime, Lauryn Hill...

J'attends des nouvelles d'un ami: avec quelle logiciel de montage poursuivre?

Je m'installe ailleurs pour poursuivre. M'en vais me cacher. Dans un appartement de la Rive-Sud. On me prête une chambre. Mes outils y seront en sécurité.


Marianne est morte.
L'oriflamme de trois quillards stylisés qu'elle m'a donné a flotté au vent depuis septembre sur la galerie. Michèle vient de le rentrer; il est accroché dans mon ancienne pièce de travail.

Tantôt, au début de la matinée,vaccin contre le A H1N1.

Prochainement sur ce blogue, Paroles et musique de Laurent du temps qu'il était soliste et bassiste dans les Alien Exposure avec Olivier et Jonathan.

26 septembre 2009

LE VOL

24 septembre, au retour du travail, la porte avant est entr’ouverte. Défoncée. Premier réflexe : ma pièce de travail, y jeter un coup d’œil. Les papiers de Laurent sont répandus par terre, le bureau de l’ordinateur est presque vide; on a laissé l’imprimante et les haut-parleurs. Catastrophe ; les deux disques durs sont disparus : celui sur lesquels étaient stockées l’ensemble des images du film et celui qui me servait de back-up.
Au deuxième étage, la chambre à coucher est sans dessus dessous; Michèle n’a plus de bijoux.
Dans la salle à dîner, la girafe en bois, trophée de Laurent du Parc Safari, est tombée, brisée.
Sur le lavabo de la salle de bain, la bague de fiançailles, œuvre originale de Jean Letarte, et le bracelet sculpté de Tunisie ne sont plus dans leur petite boîte en verre habituelle.

Coup de fil à la police; ils sont déjà informés. Rendez-vous : 19 h 30.

Montana, l’ado d’à côté, frappe à la porte. Il a découvert l’effraction un peu plus tôt, en venant vendre du chocolat. Ce sont ses parents qui ont prévenu la police.
-Merci. C’est gentil.
Impossible de retenir mes sanglots.
-C’est pas grave…
-Ils ont pris le film de Laurent. Trois ans de travail.
-Çà va s’arranger.

Je réalise qu’on a aussi pris la caméra.

Il me reste les originaux.
Je peux tout reprendre. Repartir à zéro.
Froidement, environ 25 jours de travail de montage. 175 heures.
Depuis décembre 2008.

Il m’est arrivé de perdre un texte par une panne de courant ou mal sauvegardé.
La reprise prend moins de temps, c’est vrai.

J’étais à la fin de la sélection. Je me préparais au premier assemblage.
Comme un nouveau plongeon.
Sauf qu'il me faut maintenant rebâtir la piscine avant de me retrouver sur le tremplin de nouveau.

Je rage. Comme Sisyphe. Comme jamais.
Me réapproprier la partie de Laurent qu’on vient de m’arracher.
Allier Mémoire et Énergie; tant qu’il m’en restera.

13 septembre 2009

LE MOULIN À PAROLES

Un évènement pour commémorer la bataille des plaines d'Abraham du 13 septembre 1759; lecture de 150 textes à Québec. Des repères historiques. Un moulin à paroles; pouvoir des mots.
Une contreverse: le gouvernement du Québec, le maire de Québec, Ignatieff et compagnie fédéraliste, se sont opposés à la lecture du Manifeste du FLQ, pièce maîtresse des événements d'octobre 1970.
Notre Histoire reste en marche.


J'avais 23 ans.
JE ME SOUVIENS de l'impact de ce texte pour la majorité des québécois de tout âge à l'époque.
Enfin des vérités étaient partagées.
Laurent étaient habitées par certaines d'entre elles.
Elles sont encore là plus que jamais.


Mais:
Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ???


JE ME SOUVIENS d'avoir détruit mon exemplaire du Manifeste suite à l'imposition des mesures de guerre de Pierre-Elliot Trudeau.

La peur, encore la peur. À 23 ans.
La peur des mots écrits.
Encore une de moins, maintenant qu'un pont vient d'être bâti avec d'autres générations.

MERCI À LA GANG DU MOULIN À PAROLES


  • Tiré de : Simard, Francis. Pour en finir avec octobre. Stanké : Montréal, 1982, p. 11-15


Manifeste du FLQ
[Texte intégral]

e Front de libération du Québec n’est pas le Messie, ni un Robin des bois des temps modernes, C’est un regroupement de travailleurs québécois qui sont décidés à tout mettre en œuvre pour que le peuple du Québec prenne définitivement en mains son destin.

Le Front de libération du Québec veut l’indépendance totale des Québécois, réunis dans une société libre et purgée à jamais de sa clique de requins voraces, les « big boss » patronneux (1) et leurs valets qui ont fait du Québec leur chasse gardée du cheap labor et de l’exploitation sans scrupules.

Le Front de libération du Québec n’est pas un mouvement d’agression, mais la réponse à une agression, celle organisée par la haute finance par l’entreprise des marionnettes des gouvernements fédéral et provincial (le show de la Brinks, le bill 63, la carte électorale, la taxe dite de « progrès social » (sic), power corporation, l’assurance-médecins, les gars de Lapalme).

Le Front de libération du Québec s’autofinance d’impôts volontaires (sic) prélevés à même les entreprises d’exploitation des ouvriers (banques, compagnies de finance, etc.).

    « Les puissances d’argent du statu quo, la plupart des tuteurs traditionnels de notre peuple, ont obtenu la réaction qu’ils espéraient, le recul plutôt qu’un changement pour lequel nous avons travaillé comme jamais ; pour lequel on va continuer à travailler. »
    René Lévesque, 29 avril 1970.

Nous avons cru un moment qu’il valait la peine de canaliser nos énergies, nos impatiences comme le dit si bien René Lévesque, dans le Parti québécois, mais la victoire libérale montre bien que ce qu’on appelle démocratie au Québec n’est en fait et depuis toujours que la « democracy » des riches. La victoire du Parti libéral en ce sens n’est en fait que la victoire des faiseurs d’élections Simard-Cotroni. En conséquence, le parlementarisme britannique, c’est bien fini et le Front de libération du Québec ne se laissera jamais distraire par les miettes électorales que les capitalistes anglo-saxons lancent dans la basse-cour québécoise à tous les quatre ans. Nombre de Québécois ont compris et ils vont agir. Bourassa dans l’année qui vient va prendra de la maturité : 100 000 travailleurs révolutionnaires organisés et armés !

Oui il y en a des raisons à la victoire libérale. Oui il y en a des raisons à la pauvreté, au chômage, aux taudis, au fait que vous M. Bergeron de la rue Visitation et aussi vous M. Legendre de Ville de Laval qui gagnez 10 000 dollars par année, vous ne vous sentiez pas libres en notre pays le Québec.

Oui il y en a des raisons, et les gars de la Lord les connaissent, les pêcheurs de la Gaspésie, les travailleurs de la Côte Nord, les mineurs de la Iron Ore, de Québec Cartier Mining, de la Noranda les connaissent eux aussi ces raisons. Et les braves travailleurs de Cabano que l’on a tenté de fourrer (2) une fois de plus en savent des tas de raisons.

Oui il y en a des raisons pour que vous, M. Tremblay de la rue Panet et vous, M. Cloutier qui travaillez dans la construction à St-Jérôme, vous ne puissiez vous payer des « vaisseaux d’or » avec de la belle zizique (3) et tout le fling flang (4) comme l’a fait Drapeau-l’aristocrate (5), celui qui se préoccupe tellement des taudis qu’il a fait placer des panneaux de couleurs devant ceux-ci pour ne pas que les riches touristes voient notre misère.

Oui il y en a des raison pour que vous Madame Lemay de St-Hyacinthe vous ne puissiez vous payer des petits voyages en Floride comme le font avec notre argent tous les sales juges et députés.

Les braves travailleurs de la Vickers et ceux de la Davie Ship les savent ces raisons, eux à qui l’on a donné aucune raison qu’ils voulaient se syndiquer et à qui les sales juges ont fait payer plus de deux millions de dollars parce qu’ils avaient voulu exercer ce droit élémentaire. Les gars de Murdochville la connaissent la justice et ils en connaissent des tas de raisons.

Oui il y en a des raisons pour que vous, M. Lachance de la rue Ste-Marguerite, vous alliez noyer votre désespoir, votre rancœur et votre rage dans la bière du chien à Molson. Et toi, Lachance fils avec tes cigarettes de mari… Oui il y en a des raisons pour que nous, les assistés sociaux, on vous tienne de génération en génération sur le bien-être social (6). Il y en a des tas de raisons, les travailleurs de la domptar à Windsor et à East Angus les savent. Et les travailleurs de la Squibb et de la Ayers et les gars de la Régie des Alcools (7) et ceux de la Seven Up et de Victoria Precision, et les cols bleus de Laval et de Montréal et les gars de Lapalme en savent des tas de raisons.

Les travailleurs de Dupont of Canada en savent eux aussi, même si bientôt ils ne pourront que les donner en anglais (ainsi assimilés, ils iront grossir le nombre des immigrants, Néo-Québécois, enfants chéris du bill 63).

Et les policiers de Montréal auraient dû les comprendre ces raisons, eux qui sont les bras du système ; ils auraient dû s’apercevoir que nous vivons dans une société terrorisée parce que sans leur force, sans leur violence, plus rien ne fonctionnait le 7 octobre !

Nous en avons soupé du fédéralisme canadien qui pénalise les producteurs laitiers du Québec pour satisfaire aux besoins anglo-saxons du Commonwealth ; qui maintient les braves chauffeurs de taxi de Montréal dans un état de demi-esclaves en protégeant honteusement le monopole exclusif de l’écœurant Murray Hill et de son propriétaire-assassin Charles Hershorn et de son fils Paul qui, à maintes reprises, le soir du 7 octobre, arracha des mains de ses employés le fusil de calibre 12 pour tirer sur les chauffeurs et blesser ainsi mortellement le caporal Dumas, tué en tant que manifestant ; qui pratique une politique insensée des importations en jetant un à un dans la rue les petits salariés des Textiles et de la Chaussure, les plus bafoués au Québec, aux profit d’une poignée de maudits « money-makers » (8) roulant cadillac ; qui classe la nation québécoise au rang des minorités ethniques du Canada.

Nous en avons soupé, et de plus en plus de Québécois également, d’un gouvernement de mitaines qui fait mille et une acrobaties pour charmer les millionnaires américains en les suppliant de venir investir au Québec, la Belle Province où des milliers de milles carrés de forêts remplies de gibier et de lacs poissonneux sont la propriété exclusive de ces même Seigneurs tout-puissants du XXe siècle ; d’un hypocrite à la Bourassa (9) qui s’appuie sur les blindés de la Brinks, véritable symbole de l’occupation étrangère au Québec, pour tenir les pauvres « natives » (10) québécois dans la peur de la misère et du chômage auxquels nous sommes tant habituées ; de nos impôts que l’envoyé d’Ottawa au Québec veut donner aux boss anglophones pour les « inciter », ma chère, à parler français, à négocier en français : repeat after me : « cheap labor means main-d’œuvre à bon marché » ; des promesses de travail et de prospérité, alors que nous serons toujours les serviteurs assidus et les lèche-bottes des big-shot (11), tant qu’il y aura des Westmount, des Town of Mount-Royal, des Hampstead, des Outremont, tous ces véritables châteaux forts de la haute finance de la rue St-Jacques et de la Wall Street, tant que nous tous, Québécois, n’aurons pas chassé par tous les moyens, y compris la dynamite et les armes, ces big-boss de l’économie et de la politique, prêts à toutes les bassesses pour mieux nous fourrer (2).

Nous vivons dans une société d’esclaves terrorisés, terrorisés par les grands patrons, Steinberg, Clark, Bronfman, Smith, Neapole, Timmins, Geoffrion, J.L. Lévesque, Hershorn, Thompson, Nesbitt, Desmarais, Kierans (à côté de ça, Rémi Popol la garcette, Drapeau le dog, Bourassa le serin des Simard, Trudeau (12) la tapette, c’est des peanuts (13) !).

Terrorisés par l’Église capitaliste romaine, même si ça paraît de moins en moins (à qui appartient la Place de la Bourse ?), par les paiements à rembourser à la Household Finance, par la publicité des grands maîtres de la consommation, Eaton, Simpson, Morgan, Steinberg, General Motors… ; terrorisés par les lieux fermés de la science et de la culture que sont les universités et par leurs singes-directeurs Gaudry et Dorais et par le sous-singe Rober Shaw. Nous sommes de plus en plus nombreux à connaître et à subir cette société terroriste et le jour s’en vient où tous les Westmount du Québec disparaîtront de la carte.

Travailleurs de la production, des mines et des forêts ; travailleurs des services, enseignants et étudiants, chômeurs, prenez ce qui vous appartient, votre travail, votre détermination et votre liberté.

Et vous, les travailleurs de la General Electric, c’est vous qui faites fonctionner vos usines ; vous seuls êtes capables de produire ; sans vous, General Electric n’est rien !

Travailleurs du Québec, commencez dès aujourd’hui à reprendre ce qui vous appartient ; prenez vous-mêmes ce qui est à vous. Vous seuls connaissez vos usines, vos machines, vos hôtels, vos universités, vos syndicats ; n’attendez pas d’organisation miracle.

Faites vous-mêmes votre révolution dans vos quartiers, dans vos milieux de travail. Et si vous ne le faites pas vous-mêmes, d’autres usurpateurs technocrates ou autres remplaceront la poignée de fumeurs de cigares que nous connaissons maintenant et tout sera à refaire. Vous seuls êtes capables de bâtir uns société libre.

Il nous faut lutter, non plus un à un, mais en s’unissant jusqu’à la victoire, avec tous les moyens que l’on possède comme l’ont fait les Patriotes de 1837-1838 (ceux que Notre sainte mère l’Église s’est empressée d’excommunier pour mieux se vendre aux intérêts britanniques).

Qu’aux quatre coins du Québec, ceux qu’on a osé traiter avec dédain de lousy French (14) et d’alcooliques entreprennent vigoureusement le combat contre les matraqueurs de la liberté et de la justice et mettent hors d’état de nuire tous ces professionnels du hold-up et de l’escroquerie : banquiers, businessmen, juges et politicailleurs (15) vendus !!!

Nous sommes des travailleurs québécois et nous irons jusqu’au bout. Nous voulons remplacer avec toute la population cette société d’esclaves par une société libre, fonctionnant d’elle-même et pour elle-même, une société ouverte sur le monde.

Notre lutte ne peut être que victorieuse. On ne tient pas longtemps dans la misère et le mépris un peuple en réveil.

    Vive le Québec libre !
    Vive les camarades prisonniers politiques !
    Vive la révolution québécoise !
    Vive le Front de libération du Québec !


Notes explicatives :

(1) patronneux : exploitant.
(2) fourrer : escroquer.
(3) zizique : [par plaisanterie] musique.
(4) tout le fling flang : tout le tralala.
(5) Jean Drapeau : maire de Montréal de 1954 jusque dans les années 1980.
(6) bien-être social : aide sociale.
(7) Régie des alcools : Société des alcools [société d’État qui détenait, à l’époque, le monopole de la vente des boissons alcoolisées (vins, bières, spiritueux, etc.)].
(8) money-maker : capitaliste avide de gagner de gros sous.
(9) Robert Bourassa : Homme politique (Parti libéral), premier ministre du Québec de 1970 à 1976, puis de 1985 à 1994.
(10) natives : [mot anglais] autochtones.
(11) big-shot : [mot anglais] homme d’affaires influent, une grosse légume.
(12) Pierre Elliott Trudeau : Premier ministre du Canada, référence ici au Bill Omnibus légalisant les relations homosexuelles entre adultes consentants dans l’intimité des chambres à coucher.
(13) c’est des peanuts : c’est de la petite bière.
(14) lousy French : [mot anglais] méprisables Francophones [mot à mot : Français pouilleux].
(15) politicailleur : politicard.


ChronologieSourcesCourrierIndexIndexIndex Géo

Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 23h20

12 septembre 2009

EN MONTAGE 22

Poursuivre.
Je me suis couché hier soir en me demandant comment reprendre le montage où je l'avais laissé.
En a découlé un rêve. Avec Jacques Leduc et Patrick Staram, nous tentions de protéger Jean Chabot d'une accusation visant à ternir sa mémoire; il aurait de son vivant laisser un enfant se pendre...Louise Surprenant se joignait à nous...
Continuer.
Je suis dans la sélection des images tournées en Chine. Un parcours imaginé des avenues
que Laurent a pu emprunter en se sauvant de la clinique SOS International, avant l'accident fatidique. Le Subway où on l'a retrouvé après sa disparition du samedi. La baignoire de leur appartement en train de se remplir. Une descente des trois étages de cette résidence. Le grand restaurant de leurs petits déjeûners. Le Friendship Hôtel de nuit, de jour et son environnement extérieur près du 6e périphérique. Tout cela en natures mortes.
Il me reste aussi à faire la réduction de quelques matériaux.
Un trajet suivi par Laura S. et Barbara L. le long du canal dans le quartier des ambassades pendant leur recherche; leur course en rickshaw...
Écrire.
Un commentaire va s'imposer. Superposition d'écritures.
Des mots dits sur des plans à observer.
Discours d'un père sans son fils.
Comment faire ce film, et pour lui et pour moi?

09 août 2009

LE MARIAGE DE MA NIÈCE

















































L'Assomption. 8 août 2009.
Vieux palais de justice.
Le gâteau au chocolat a été servi. Les tables viennent d’être rangées autour de la salle bicentenaire.
Musique. Les nouveaux mariés ouvrent la danse. Un slow. Applaudissements. Leur bonheur est tangible. Des couples de tout âge gagnent la piste à leur tour.
En bordure, Javier, 7 ans, regarde ébahi. Cheveux rasés très courts, obsession d’un père qui tient absolument à ce que son fils lui ressemble. Chemise blanche. Première cravate, jaune tachetée de points verts pâles, appareillées au ceinturon de sa petite cousine, en blanc elle aussi. À la cérémonie, ils ouvraient la marche jusqu’à la pergola du jardin, près de l’étang; lui portant la boîte rouge des alliances; elle, dispersant de petites fleurs blanches perlées.
Le DJ lance un hip-hop : il est installé à côté d’un grand piano à queue. Dessus, les cadeaux et trois photos encadrés. Javier s’assoit sur le banc. Il frôle doucement de sa main la photo de droite : une caresse à son arrière-grand-mère maternelle, décédée en octobre 2007.
Il se lève , ne s'arrête pas à celle du centre : un inconnu pour lui, le père du marié.
Celle de Laurent, il la regarde, la touche longuement; puis, il saisit le cadre à deux mains, le montre à sa grande-tante près de lui, repère sa mère, traverse la piste et va lui tendre.
Elle lui sourit pour étouffer son émotion; c’est ma fille.

Longue vie au bonheur de Marianne et Gaétan.
Grande émotion que la reconnaissance de leur union.
qui rend le mariage de ma nièce inoubliable à mes yeux.
Merci Marianne. Merci Gaétan de les avoir amener avec vous.

Les rituels sont faits pour durer et être réinventés.








08 août 2009

EN MONTAGE 21

Le 1239 Sainte-Élizabeth. Déménagement de l’appartement de Lo, à Montréal.
Sur place, Fabien et Damien, ses colocs, sont encore là et doivent quitter le 1er juillet.Sébastien est déjà parti.
Gabrielle, ma fille, m’accompagne. C’était avant de partir pour Paris.
Définition d’un plan : Une image animée qui a un début et une fin.
Un plan qu’il me faudra conserver coûte que coûte. Je dis çà, mais on ne sait jamais, ce qu’une structure peut nous imposer. M’en fout. La structure sera la mienne. J’aime beaucoup ce gros plan de Fabien, avec le trottoir qui conduit au boulevard René-Lévesque, dans l’aire de gauche; il décrit très simplement l’accident à Beijing : il a été frappé par un autobus à deux étages. Il n’en sait pas plus. Suivi d'un long silence incommodant. J’ai perdu mon père à neuf ans. Balade en vélo. Crise cardiaque. Ploc. C’est fini. J’ai énormément souffert.
Pan à gauche : un des pieds sculpté de la table de cuisine, enfourné dans le camion de déménagement.
Cut.

Nouvelle coïncidence. Je redécouvre ce matériel et je viens d’apprendre le décès du conjoint d’une amie monteuse, dans des circonstances similaires.

***
Autre bobine. Daniel-Jean Primeau, mon ami sculpteur, explique à Gabrielle sa démarche. C’est à lui que j’ai confié la réalisation du monument commémoratif qui marquera le lieu où Laurent gît à jamais.
Transparence. Couloir. Réseau.
Sélection de d’autres images de la fabrication de la pierre tombale.
Chez Ducharme, sur Covey-Hill, où un ouvrier perfore minutieusement, à l’aide d’un foret et de part en part, le bloc de granit en provenance de Chine.
Une première mondiale.
Chez Monuments Brunet, à Ormstown, Daniel-Jean découpe à l’exacto son dessin dans un pochoir adhésif appliqué sur la pierre; les espaces vides seront gravés au jet de sable. Adèle, la propriétaire, s’occupera des lettres et des chiffres.

***

Du hangar de Dorval où il vient d’arriver de Chine, le cercueil est transporté à la maison des pompes funèbres. 6 plans dans la nuit montréalaise de début de printemps pluvieux.

***

À sélectionner, il ne reste que les images de Chine.

***
Bonnes fins de vacances.
De retour après la pause.

18 juillet 2009

EN MONTAGE 20

Avec Flora Boilot se terminent les interviews des étudiants à Paris.
Elle invoque le sentiment d’injustice.
Aujourd’hui, j’en suis loin.
Demain, il me rattrapera. À l’improviste.

C’est déjà fait en regards de toutes les causes derrière lesquelles je me réfugie.
Comme celle de l’Iran, pays d’origine de Soushiant, son ami, qui porte fièrement le vert du mouvement d’opposition.
Du même vert dont Yumiko avait confectionné les rubans, portés en insigne aux funérailles.

En visitant, hier, une amie atteinte d’un cancer au cerveau, je me suis fait demander où j’en étais avec le film? Elle espérait pouvoir le voir.
Il serait temps que je me fixe une échéance.
Le 3 avril 2010. Peut-être sera-t-elle encore là?
Et moi-même?
Qu’en sais-je?

Et vous, qui m’accompagner ?
Encore. En cortège distancié.
J’aimerais tellement vous dire : « Ça achève…C’est fini. »
Comme on le dit au terme d’une longue maladie.

Vais-je y arriver?

12 juillet 2009

EN MONTAGE 19

Retour du travail sur la 202. Demain vendredi, congé.
Picotement du bout du nez. Les larmes ne sont pas loin. Encore. Je vais passer au cimetière faire le tour de la tombe que Michèle entretient méticuleusement.
Rien à lui dire. En colère seulement. Contre lui. Ça m'arrive sans savoir comment, pourquoi.
À la radio: des étudiants iraniens de nouveau dans la rue; du courage au péril de leur vie. Au G8, Sarkozy cherche à attirer les feux de la rampe de son côté, imagine une attaque israélienne sur Téhéran: " Ce serait une catastrophe...". Comme si on avait besoin de vous pour le savoir, dramaturge de foire médiatique.
Sur Facebook, anniversaire de Jan-Christoph Hauswald, demain 10 juillet. Bizarre de hasard; c'est son interview que je saucissonne demain. Dernier étudiant à avoir vu Laurent vivant. Il l'a laissé à la clinique SOS International vers huit heures du matin, à la demande du médecin traitant, allemande comme lui. Après y avoir passé la nuit. S'est endormi dans le taxi qui le ramenait à l'hôtel pour apprendre que Laurent venait de s'enfuir... Sans un sous en poche.

La sélection sur cette cette heure de matériel s'est étalée sur trois jours.
Jan-Cristof débite sa pensée avec précipitation. Pour tout dire. Ne rien oublier. En anglais. Cherche ses mots. Fort accent germanique. Intensité continue. Gestuelle rythmée par le martellement de ses mains.
Une seul type de ponctuation: un long ouf prolongé pour reprendre son souffle et repartir aussitôt. 21 extraits d'une durée entre 27 secondes et 9 minutes. Le décantage devra se poursuivre autrement.
Ouf...à mon tour.

05 juillet 2009

MONTAGE 18

Seize plans sélectionnés avec Mekki Lahlou. Il était aussi de McGill ,un ami de Rosalie-Anne T., mais qui n'avait rencontré Laurent qu'à Paris. Au MUN, il est dans le même comité, mais ne prend pas au sérieux cette simulation onusienne. L'entrevue d'une heure a été faite dans une cour intérieure de l'École des Beaux-Arts, en soirée. Tant et si bien que les dernières images sont sous-exposées. Un test pour les éclaircir. Je ne veux pas travailler pour rien. Ça fonctionne.
Sa gestuelle des mains est intéressante, lui donne un air passionné. Quand il se décide à bouger. Comme les images s'assombrissent graduellement avec la tombée du jour, ce qu'il raconte prend des allures plus dramatiques; vais-je pouvoir mettre à profit cette imperfection?
Il a été le premier avisé par l'ambassade canadienne du décès de Laurent et a dû l'annoncer aux autres. Première expérience de négociation avec la mort. A peur. Ne craque qu'au décollage quand il devient évident qu'il laisse un collègue, un ami, un frère derrière lui.
Il est passé à la maison avant que je ne me rende à Paris.
Me reste à devoir faire face à deux entrevues.

21 juin 2009

MONTAGE 17

Leila Bennis est marocaine. Il pleuvait dans la cour intérieure de Sciences Po. Nous avons dû pour faire l’entrevue, dans le temps dont elle dispose, nous installer dans la cafétéria. Nous sommes l’un à côté de l’autre dans le même axe. À l’arrière-plan, une grande fenêtre donne sur un terre-plein surélevé où passent et s’arrêtent des corps de jeunes femmes ou de jeunes hommes vus que de la taille aux pieds; dans le coin droit, l’escalier; l’image a de la classe. Plusieurs personnes par petits groupes se sont réfugiées à l’intérieur et discutent, rient, bougent, déplacent leur chaise. Comment les faire taire? Impossible. Le son est épouvantable.

J’arrive à sélectionner un seul plan de trois minutes dans une heure de matériel. Inutilisable. On perd des mots. J’ai hésité longtemps avant de le conserver. Sait-on jamais? Elle parle du Destin de Laurent et de l’effet que ce Destin a eu sur sa façon d’envisager dorénavant sa vie. Peut-être arriverais-je à n’utiliser éventuellement que la mise en scène, sans le discours.

14 juin 2009

MONTAGE 16

Il y a parfois des éléments facilement sélectionnables : les natures mortes. Plans fixes. La caméra reste immobile. Dans la mesure du possible. Surtout quand on la tient à la main.
Il y a plus d’une semaine, j’avais deux séries de plans de cet ordre à choisir :
-Un orage. Vue de la fenêtre sur rue du Dragon (sic), à partir d'une chambre de l’hôtel du Dragon (sic), à deux portes de l’appartement de Yumiko, Paris, Saint-Germain-des-Prés, dans le VIe arrondissement, juillet 2006.
Et.
-Sciences Po, toujours dans Saint-Germain, un samedi matin, les cours sont terminés: le hall, le banc central où s’est sans doute assis un jour Lo pour attendre Yumiko, à moins que ce ne soit l’inverse, l’ascenseur, l’escalier, des classes vides, la cafétéria avec au fond des ordinateurs disponibles, abandonnés àa leur virtualité…À chaque image, son son d’ambiance.

La vie, la mort en deux temps.

La vie. Un orage reste un orage dans sa fureur de vivre. Le vent. L'ombre. Un bruit sourd.
Une tonne de flotte qui vous tombe dessus avec la fraicheur et la sensation d’où l’on vient. Océan utérin.
Et le bruit du tonnerre des premiers sons effrayants, entendus à la naissance, à la sortie d'un passage dont on passe sa vie à chasser la saveur…

La mort. Un désert. Il ne se passe plus rien.

Fuck. Pourquoi moins avec le temps?
Notre job est fini.
Fuck.

31 mai 2009

MONTAGE 15

Dans la cour intérieur de Sciences Po, j’ai donné rendez-vous à Anne-Laure Peytavin, une autre étudiante du groupe à être allée en Chine. En l'attendant, je fais la connaissance de Oliver Gingrich; il était de l’expédition de ski, à La Plagne, fin février, début mars. Comme il a étudié l’audio-visuel, il m’offre de me donner un coup de main pour les entrevues. J’apprécie. Pas facile de filmer d’une main et de rester en excellente communication avec une personne .
Bizarre de cadre. Anne-Laure occupe la partie droite de l’écran; beaucoup d’aire dans le dos; trop au-dessus de la tête. Du moins par rapport aux conventions habituelles. Peut-être une façon de marquer que la disparition de Laurent a quelque chose d’exceptionnel.
C'est elle que Laurent a filmé, sur un petit clip, dans l'avion, au petit jour de leur arrivée en Chine.
Elle s’étonne elle-aussi, que nous n’ayons pas retrouvé dans ses affaires, dans son ordi qu’il trainait toujours avec lui le suivi de son travail sur la résolution de son groupe qui avait finalement été acceptée; modifiée évidemment.

Elle se serait laissé aussi dire que Laurent se sentait épié par des individus ou des adversaires. Un symptôme de paranoïa?

Et pourquoi pas,
un élément du grand jeu?
une observation planifiée d'analyse de comportement?
une séance de repêchage?

Pour Anne-Laure, la seule explication qu'elle pouvait donner, là-bas, à la modification de comportement de Laurent se résumait à la possible consommation d'une drogue. Pourtant le médecin-légiste chinois ne se serait sûrement pas privé d'en révéler l'existence si la moindre trace avait pu être détecté dans le sang de Laurent. Tout comme les analyses prises à la clinique d'ailleurs.

Sélection de douze nouveaux plans dont le contenu a été transféré sur fiches.

23 mai 2009

MONTAGE 14

J’ai traversé le Rhin.
Mais avant, à Cologne (Köln), j'ai fait une pause dans sa cathédrale gothique, plantée, gigantesque, monument le plus visité d’Allemagne, à deux pas de la nouvelle gare. Par recueillement, dans l’ombre des vitraux épargnés, Dieu sait comment, par les bombardements américains de la dernière guerre… et pour changer la cassette vidéo.
Le train pour Düsseldorf ne part que dans 30 minutes.
J’ai rendez-vous avec Sasha Peters, 19 ans, le seul membre du Disarmament and International Security Committee (DISEC) à avoir travaillé avec Laurent, qu’il me sera possible de rencontrer.
Il était à Beijing « …to work on a topic of preventing terrorism or…(sourire pour être politically correct) not terrorist but sub-national groups to acquire nuclear material and to prevent cross-border and transfer of these materials. » me raconte-t-il.

En fait le sujet officiel est :
Establishing Protocols To Prevent The Transfer Of Nuclear Weaponry And Technologies To Sub-National Organizations.

Je veux comprendre ce qui s’est passé dans ce Comité, le rôle que Laurent y a joué.
Ils ont formé une gang autant pour s’amuser que pour travailler. Ils ont joué leurs personnages de diplomate, représentants un pays qui n’était pas le leur, mais dont ils devaient défendre la position officielle, connue sur la base d’une recherche. Du théâtre, de l’improvisation bien préparée, un grand jeu, une simulation de cerveaux universitaires à l’oeuvre.
Le groupe de Laurent a surtout fait du lobbying.
Beaucoup. De la coulisse. Convaincre un à un d’autres délégués.
Pour en arriver à une résolution finale que Sasha considère très diluée.

À l’extérieur, Georges Bush pourfend l’Iran et la Corée du Nord de sa rhétorique guerrière.
Moins d’un mois plus tard, pressé par les aigles d’exercer des frappes préventives en Iran,
il préférera enfin la diplomatie et s’y tiendra jusqu’à la fin de son mandat.

Çà n’a rien à voir avec ce Harvard World MUN, organisé par l'une des plus prestigieuse université américaine.

Il est probablement paranoïaque d’imaginer que des services secrets puissent s’intéresser
à de si insignifiants échanges. Et il y a sûrement de meilleurs endroits pour observer et recruter des intelligences motivées par les relations internationales.

En mon propre âge naïf, j’ai pourtant souvenance d’avoir foncé tête première, dans un certain Colloque du Mont-Sainte-Marie, précédant le 1er référendum québécois et financé (à notre insu par Unité-Canada); tout y avait été mis en scène pour nous faire imaginer émotivement et rationnellement une constitution canadienne de 5 régions, en se servant des leaders de l’industrie cinématographique indépendante coast to coast. Enregistrement video complet pendant 5 jours.

Comment ne pas avoir en tête le montage d'un film visionné quelques années auparavant, LA SPIRALE; réalisé en 1974, par Armand Mattelart, ce documentaire fabriqué de matériel d’archives démontre comment les États-Unis avaient planifié le renversement de Salvador Allende au Chili. L'élément structurant est inspiré d’un “ jeu commandité en 1965 par le Pentagone à la Fletcher School of Law and Diplomacy et un think tank, ABT Associates Inc., de Cambridge, dans le Massachusetts. Politica… Ce qui est important dans un modèle de simulation – et les inventeurs du « kriegspiel » ou « jeu de la guerre » le savent de tout temps –, c’est la façon dont les maîtres du jeu testent un lot d’hypothèses sur l’évolution d’une situation afin de dégager les stratégies et agencements probables des différents joueurs. « Politica » testait plusieurs scénarios et mettait en scène toute une série de variables et de protagonistes.”


http://www.conflits.org/index17293.html

02 mai 2009

MONTAGE 13

La bobine suivante dont j'ai amorcé la sélection comporte les images de mon arrivée à Paris, enregistrées avec ma caméra Sony, TR17, avec laquelle j'ai traversé l'Atlantique et tournée "Une Histoire de Gars"; désormais, c'est celle-ci qui filmera tout ce qu'il me reste à faire. Lionel, le caméraman qui m'a généreusement donné son temps depuis le début de la semaine est reparti à sa vie familiale et professionnelle.
Rue du Dragon où je vais rencontrer Yumiko, sa cour intérieure, l'escalier qui mène aux troisième étage; l'appartement de Soushiant qui m'a offert son hospitalité près de la gare du Nord dans une petite rue où le plus vieux métier du monde se pratique dès la matinée; la soirée d'adieux des étudiants de Sciences Po qui débute sur le Champs-de-Mars, aux pieds de la tour Eiffel, version feux d'artifices et se termine par une traversée à la nage de la Seine, à laquelle se prêtent Soushiant et trois amis de Laurent, qui se foutent éperdument de mes objections...

À travers ce matériel, il y a ce plan d'un cellulaire (portable sous d'autres cieux) , celui de Laurent...En fait, il appartient à Paul, le coloc et grand ami montréalais qui lui avait confié pour l'Europe...

Je m'en suis servi tous les jours. Il suffit d'acheter du temps, et de s'inscrire...

Précieux objet, s'il en est, renfermant les coordonnées de toutes ces personnes qu'il m'importait de rencontrer; mon fils les avait côtoyées avec suffisamment d'intérêts pour être inscrites dans son annuaire numérique. Évidemment, son propre numéro avait une notoriété et une boite vocale qui me rendaient en retour facilement atteignable...

Cet appareil me réservait aussi une surprise; effectuant la même routine de branchement électrique que lui, la nuit , pour le recharger, j'appris malgré moi l'heure habituelle de son réveil matinal...
Laurent s'était programmé une sonnerie qui à nouveau allait rythmer le quotidien de son propre père, dans Paris, en Belgique et jusqu'en Allemagne; effectivement, sur le reste de la bobine, le train m'amène à franchir le Rhin jusqu'à Dusseldorf, à la rencontre d'un autre étudiant.

22 avril 2009

MONTAGE 12

J’ai eu peu d’occasion pendant le voyage à Paris, de filmer des mises en situation.
J’en avais imaginé une où il aurait été possible de converser avec trois étudiants en même temps; Rosalie T. est rentrée de Chine dans la même période, avec les premières photos et clips de la clinique SOS internationale, et la série d’aventures qui a entouré leurs captations. Je lui avais donné une procuration pour agir en notre nom et recueillir le plus d’informations sur les circonstances entourant le décès de Laurent.
Un soir, nous avons dîner ensembles et elle accepta que j’organise une soirée où elle pourrait partager ses impressions et nous faire voir ses images sur un laptop. J’avais pensé que Soushiant, Jan-Christoph et Mekki pourraient être de la partie; tous trois était allé avec Laurent à la clinique; ce ne fut pas possible. Soushiant travaillait et Jan Christoph était encore dans le sud de la France, à l’école militaire d’été de Grenoble.

Le 3 juillet, je me retrouvai chez Mekki L., dans le 7e arrondissement, avec Rosalie et Alexandre J., mon filleul étudiant à la Sorbonne et évidemment Lionel, le caméraman.

Le périple de Rosalie avait demandé bien du courage; elle et sa mère s’étaient rendus à la clinique et avaient obtenu facilement un rendez-vous pour le lendemain avec la médecin allemande qui avait traité (!) Laurent; elles se rendirent aussi au lieu de l’accident en filmant avec une caméra numérique un parcours possible; ils lui rendirent là un hommage au nom d’amis commun.
Le lendemain, la médecin ne s’est pas présentée; Rosalie et une ingénieure québécoise, travaillant à Beijing, qui m’avait offerte de l’aide, ont été reçues par une agente de communication chinoise qui tenta de les emberlificoter. Elles en vinrent à se faire menacer d’expulsion par la police, non sans avoir utilisé bien des stratagèmes pour capter tant à l’extérieur que dans la zone verrouillée de la clinique un long clip des lieux d’où Laurent avait réussi à s’échapper.

C’est à l’occasion de cette soirée, que Rosalie me remit la première page d’un journal électronique de Laurent gisant sur le pavé, devant un autobus à deux étages affichant la tenue des olympiques; l’ambassade canadienne avait accepté de lui remettre. Des traits sur la carte topographique de Beijing et les mouvements et la lumière de l’écran du laptop me donnent enfin une vision spatiale des circonstances qui m’ont arraché Laurent,

Le caméraman a bien couvert cette mise en situation avec de bons plans de coupe pendant que Mekki et Alexandre tentent d’apprendre, en même tant que moi, ce qui a pu réellement se passer. Il y a des contradictions entre ce qui a été raconté aux étudiants, ce qu’on a répondu à Rosalie, et le rapport médical en ma possession; nous les partageons; mais nous savons tous que rien de cela ne le ramènera à la vie.
Les autorités médicales veulent éviter des poursuites juridiques quel que soit leur niveau de responsabilité; difficile de mesurer les conséquences financières.
La culpabilité même inavouée force le port d’un masque.

Mais allez donc affronter dans un tel cafouilli un procès à l’autre bout du monde?
Je ne regrette rien, en ce 3e Jour de la Terre, où Laurent a été porté en terre.





Photos prises par Rosalie du building (détruit depuis) devant lequel Laurent est décédé.



***
Mon rythme de montage va-t-il être ralenti maintenant que je dois travailler 5 jours/semaine.

04 avril 2009

MONTAGE 11

Soushiant Zanghanepour a été l'un des plus proches amis de Laurent à Paris. En Chine, ils occupaient la même chambre. Iranien d'origine, ses parents ont immigré au Canada; il est diplômé de l'University of British Colombia et son frère enseigne à l'université McGill. Cet ami travaille actuellement au Simons Centre for Disarmament and Non Proliferation Research, à Vancouver à titre de recherchiste et de responsable de projet sur l'Iran. J'ai fait une entrevue de presque deux heures avec lui.

De ce qu'il raconte sur les trois derniers jours à Beijing, presque d'heure en heure par moment, j'ai sélectionné une vingtaine d'extraits. Il était avec les 4 autres étudiants et l'étudiante qui ont accompagné Laurent à la clinique SOS International, la veille de l'accident. En fait, si une méthode de montage élémentaire est de commencer par jeter au panier ce qui est mauvais, je suis dans une situation difficile: j'ai presque tout conservé de ses propos. Ils sont détaillés, intéressants, personnels; Soushiant se met en scène dans un ordre rigoureux et avec une volonté de contrôle du récit; il sait ce qu'il veut dire et a imaginé comment le dire; il s'exprime dans un registre d'une théâtralité surprenante, joue le jeu du conteur à s'y prendre lui-même et à perdre le fil de sa pensée, admet la partialité de ses perceptions. Je l'ai laissé aller. Ses silences sont éloquents.
Une idée de structure jallit; je pourrais n'avoir que lui comme interlocuteur, comme fil conducteur, comme ligne rouge.
Mais à ce stade-ci, ce ne peut-être qu'une hypothèse...
Il me reste encore d'autres entrevues à décortiquer.
Et celles dont la sélection a été faite sont déjà loin dans ma mémoire.
La difficulté avec le rythme de travail que je m'impose ou que les circonstances m'imposent, actuellement, est que je suis dans une aventure sans limite, exploratoire, obscure.
J'avance à pas de tortue dans la nuit, par instinct, sans autre contrainte que moi-même et un volume inouï de souvenirs...
Mais j'avance.

03 avril 2009

3 ANS

Le texte suivant vient d'être publié dans le Coup d'Oeil, l'hebdomadaire local.

EN TA MÉMOIRE

Laurent,
Il y a trois ans, le 3 avril 2006, nous apprenions
que ton séjour
en Chine
venait de se terminer abruptement.

Ce fut affreux. Ce l’est encore.
Tu méritais mieux; nous aussi.
Chaque jour, cependant, tu es là,
dans nos pensées et notre cœur,
à la maison
et
dans les paysages des Jardins et du Québec

qui t’ont vu grandir.
Ton devenir, interrompu à 22 ans,
nous manque terriblement.
Nous restent les souvenirs
du plaisir de vivre
qui t'a habité de ta naissance jusqu'à la fin.


Ton père François, Michèle, ta mère et ta sœur Gabrielle.

C'est à la fois peu et énorme.
Pour rappeler tout ce qu'il fut.
Que d'afficher ce dépit,
masque d'une impuissante colère .

F.

16 mars 2009

EN MONTAGE 10

Dans la cour intérieure de Sciences Po, Ali Idrissi El Quitoumi, étudiant marocain, parle de sa participation à la cérémonie en hommage à Laurent, au retour de Chine:
''Moi je voulais m'exprimer mais on demandait à chacun de préparer un texte..Moi je voulais pas préparer...j'étais pas là pour dire un beau texte, pour faire de la prose...
J'étais là pour dire ce que je pensais. Je savais pas du tout ce que j'allais dire. Et je me suis dit: c'est bien je vais y aller et je vais dire ce qui me vient parce que je suis sûr que çà c'est authentique et puis j'ai pas envie de préparer un texte même si c'est la première fois que je suis dans cette situation, mais j'ai pas envie de le préparer ce texte et puis je suis arrivé et la première chose qui m'est venue c'est:
JE NE VOUS DIRAI PAS QUE LAURENT ÉTAIT MON MEILLEUR AMI,
MAIS JE VAIS VOUS DIRE POURQUOI JE PENSE QU'IL AURAIT PU LE DEVENIR...
AVEC LE TEMPS."
Et Ali y va de sa démonstration.

Vais-je conserver cet extrait? J'aimerais bien. Mais je n'en sais rien.
Tout est en DEVENIR.

06 mars 2009

EN MONTAGE 9

Ma régularité fait défaut. En fait, c'est surtout mon ordinateur.
À la suite d'une simple mise à jour, il a refusé de redémarrer; j'en ai été privé deux vendredis consécutifs. L'ayant récupéré, il m'a fallu passer une partie de la fin de semaine dernière à reconfigurer mon accès internet; dimanche, j'ai enfin pu me concentrer sur une sélection de prises de la bobine #4.
Celle-ci couvre trois sujets: la visite de l'appartement de Laurent à Paris avec Yumiko, un entretien avec le docteur Didier Destal, psychiâtre, et un autre avec l'initiatrice du voyage en Chine, Sarah Guejd, dans la cour intérieur de Sciences Po.
Je devais être rouillé; seul les deux premiers sujets ont pu être abordés. En fin d'après-midi dimanche, j'étais épuisé. Ce n'est pas grave; je finirais un des soirs de la semaine. Mais, au retour du travail, il ne me reste, à ce temps-ci de l'année, pas suffisamment d'énergie.

Dans l'appartement, qui vient d'être repeint, Yumiko et moi, retrouvons quelques effets de Laurent abandonnés dont les rideaux, des revues et la collection de bouchons de liège. Yumiko y greffent des anecdotes dont elles se rappellent avec beaucoup de plaisirs.

Le docteur Destal a eu la charge de la cellule de crise, mise à la disposition des étudiants par Sciences Po à leur retour de Chine . Je tenais à me faire une idée plus précise du plausible diagnostic qui semblait avoir échappé à la clinique médicale SOS Internationale où Laurent s'était rendu avec eux avant de s'en échapper. Sur la base des informations recueillies auprès des étudiants qu'il a soutenus dans leur deuil, avec précaution, il m'explique ce qui a pu se passer et qui aurait pu être fait.

Hélas, c'est souvent le propre de la jeunesse de ne pas être prise au sérieux quand un drame est à vue.

14 février 2009

EN MONTAGE 8

Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas.
Je termine la sélection d'extraits pour l'entrevue que j'ai faite avec Laura Stielke, une autre étudiante; elle est allemande et s'exprime dans un français fluide que je n'ai pas souci d'interrompre.
Nous avions commencé l'enregistrement devant la fontaine de Médicis, au jardin du Luxembourg; un gendarme nous a interrompu; nous n'avions pas d'autorisation. Nous devrions aller à la préfecture du Sénat nous en procurer une si voulions poursuivre. Il allait revenir dans "cinq minutes" et se disait prêt à dresser un procès- verbal si nous étions encore là. Laura n'avait qu'une heure de disponible.
Avec précipitation, il fallait chercher et trouver un autre endroit. Ce fut fait, mais je serais bien en peine aujourd'hui de le retracer. Ce très petit parc encastré dans un triangle de ruelles et d'une école primaire allait me fournir l'ambiance d'un échange fort émouvant dont je viens de tirer neuf plans. Ce sont les plus longs jusqu'à maintenant. Les quatre premiers retracent consciencieusement les moments clés où Laurent a graduellement manifesté sa fatigue et son désarroi. Quand ces souvenirs sont trop à vif, Laura bascule du français à l'anglais...
Les cinq derniers plans découpent notre dialogue en champs contre-champs sur la culpabilité, la prémonition, le réseautage, l'utilité du cellulaire de Laurent à Paris et trois photos prises à Beijing dont elle me fait cadeau.
La description et le contenu de ces éléments sont notés sur des cartons; je pourrai un jour les ordonner à ma convenance. Peut-être constitueront-ils un bloc? À Pékin, plusieurs images m'ont été inspirées par le récit de Laura et pourraient le rythmer. La tentation est forte de jouer avec ces éléments maintenant; il n'est pas exclu que je revienne à cette intuition plus tard. Mais comme il me reste une douzaine d'heures d'autres témoignages à analyser et à découper, je dois surseoir à ce désir.

08 février 2009

EN MONTAGE 7

J'étais très frustré la semaine dernière. De ne pas avoir trouvé le temps de passer par ici pour y glisser quelques mots. Mais surtout parce que je n'avais pas réussi à sélectionner les plans de la 2e bobine du tournage à Paris.
Il s'agit d'entrevues à la fontaine de Médicis aux jardins du Luxembourg avec Barbara Villamate Lopez et Ruben Moreno Zavala. Ces deux étudiants de Sciences Po ont des choses fort intéressantes à me dire; elle est de Sararagosse en Espagne; il est du Mexique. Ils étaient à Beijing. Ils ne s'expriment pas aisément en français; j'aurais dû leur demander de me répondre dans leur langue maternelle et y appliquer plus tard des sous-titres.
J'ai mal mené ces entretiens; je les interromps fréquemment, leur souffle des réponses, évite les silences qui leur permettraient de retrouver la fluidité de leurs propos. C'est épouvantable de faire une sélection dans un matériel ravagé pas mes interventions non avenues; je n'y arrive pas; je dois repousser l'échéance.
Je prends du retard?
Par rapport à quoi? Le temps a peu d'importance. Je n'ai aucune pression extérieure. Ici, le plus difficile est de vivre avec ses erreurs, ses faiblesses, de renoncer à ce que c'aurait pu être si... Je dois oublier l'énergie que j'ai eu à dépenser pour me rendre là... Les contraintes, la détermination, les efforts, les déceptions...
Car ceux et celles que j'aimerais un jour atteindre par le discours que j'élabore n'auront rien à foutre de ces épreuves.
Devant le petit ou le grand écran, on s'abandonne à un récit ; on s'éprouve dans l'écoulement d'un temps qui n'est pas le nôtre et qui pourtant s'adresse à nous. Le présent s'impose. Il n'y a que les amours mortes pour ralentir cette quête intérieure ou la mauvaise qualité de la réalisation pour se précipiter ailleurs.
Aujourd'hui, je me suis replongeai dans ces soixante minutes et j'en ai tiré 13 extraits
totalisant une quinzaine de minutes; je vais pouvoir faire une autre bobine vendredi prochain.

26 janvier 2009

EN MONTAGE 6

Premier petit assemblage du tournage à Paris. 5 minutes: Yumiko retire plusieurs photos collés au mur face à son bureau; elle se prépare à quitter l'appartement de la rue du Dragon dans Saint-Germain-des-Prés. Conversation avec elle au cimetière Père Lachaise devant la tombe d'Auguste Comte; elle ne sait pourquoi Laurent affectionnait particulièrement cet endroit.
La structure de l'ensemble du film me préoccupe. Pour le moment, je sélectionne et ordonne un peu les meilleurs moments et les plus belles images. Je réduis et nomme ces amalgames séquences.
En soirée, Michèle y a jeté un coup d'oeil; elle a trouvé ça joli et touchant. On a aussi regardé ensemble l'allegro du trio pour piano de Schubert Opus 100, interprété par le Groupe La Relêve aux funérailles. C'est simplement magnifique. La première fois que je les avais entendus à l'automne 2005 dans la même église, les premières mesures m'avaient profondément ému; je pensais à Gabrielle et Laurent qui étaient tous deux à l'étranger. L'interprétation qui a été filmée est plus fine et nuancée que celle d'Arthur Rubinstein...
Comment préserver ce document dans son intégralité d'une douzaine de minutes? Il dure une douzaine de minutes...

18 janvier 2009

EN MONTAGE 5

Ça y est. Le disque dur est presque plein.
Toutes les cassettes mini-dv (17) y sont stockés.
J'ai revu le déménagement du 1237 Sainte-Élizabeth, à Montréal,
quand il a fallu vider l'appartement avec l'aide de Fabien et Damien.
Sur une dernière, il y avait quelques plans que j'avais faits de mon lieu de travail, au CLSC de Huntingdon et de l'extérieur de la maison à Hemmingford en décembre 2005; aussi le dîner du 24 décembre avec nos amis qui en choeur avaient accepté de lancer un Joyeux Noël Gabrielle, Joyeux Noël Laurent. Gabrielle était aux États-Unis en tournée avec Cavalia. Le premier Temps des Fêtes sans eux...
Je voulais poster un petit film à Laurent, à Paris, en réponse à celui qu'il nous avait envoyé de là; c'était son premier montage documentaire: le bonheur à Paris et ailleurs qui débutait par Bonjour maman, Bonjour Papa et Bonjour Gabrielle; à la fin Yumiko tricotait au bord d'une fontaine dans les jardins de Versailles. Auparavant il avait aussi monté un petit film d'animation avec deux petites poupées japonaises, rouge et bleu, pendant l'été, pour apprivoiser l'absence de son amour en voyage au Japon. Très drôle et inspiré, sur fond musical de Mr. Blue Sky d'Electric Light Orchestra. Il assemblait ses clips filmés sur sa photo caméra numérique et avait appris par lui-même à les assembler sur son ordi avec IMovie. Honnêtement, il m'impressionnait...
Les technologies médiatiques sont largement accessibles aujourd'hui; les amateurs ont un instinct naturel pour le langage des images; encore faut-il y mettre du temps pour le maîtriser et Lo l'avait trouvé...avec talent.
C'était sans doute la manière charmante qu'il prenait plaisir à expérimenter et à nous faire partager en marchant dans les anciennes plate-bandes de Michèle et moi.

10 janvier 2009

EN MONTAGE 4

Aujourd'hui dimanche, je termine la capture des deux dernières bobines PAL que je vais modifier en NTSC . Je viens, à l'écran, de re-visiter l'appartement de Paris, que partageait Laurent avec Frédéric, un québécois étudiant à la Sorbonne; de re-voir les entrevues avec Sarah Guedj, l'initiatrice du groupe de Sciences Po , avec le psychiâtre qui s'est occupé de certains étudiants, à leur retour en France et avec Ali Idrissi, un autre étudiant du groupe.
Au départ de Lionel, le caméraman, j'ai poursuivi le tournage en NTSC. Il me reste à stocker ces cassettes sur le disque dur; c'est ma prochaine étape hebdomadaire.
J'aurais pu terminer cette autre étape en fin de semaine; sauf qu'hier je suis allé manifester à Montréal pour que cesse le massacre de Gaza. Cette guerre m'habite profondément; elle m'interpelle. Pourquoi?
Au-delà de mes propres convictions, il y a ce souvenir de la dernière fois où Laurent et moi avons discuté de ce conflit.
Il avait fait un travail de recherche très documenté à McGill sur la manière dont avaient été dépossédés de leurs terres les Palestiniens pour donner naissance à Israël; ses découvertes l'avaient stupéfait. Il avait eu une très bonne note. Ce professeur l'encourageait à poursuivre; Laurent hésitait. C'est qu'un autre professeur, dans un cours où il y avait eu un débat , avait été si violemment pris à parti par deux étudiants sionistes américains qu'il avait dû interrompre son cours; ces attaques verbales n'avaient été suivies d'aucune sanction. Suite à cet incident, Laurent appréhendait que l'intérêt qu'il portait aux Palestiniens puisse nuire à son avancement universitaire; il avait été intimidé. Nous avions discuté de l'importance, pour un homme libre, de penser, d'écrire et de parler selon ses valeurs et ses convictions.

***
À vous qui poursuivez vos visites ici depuis près de trois ans, je veux souhaiter un An 9 de Surprises agréables, de Santé et de Sérénité pour faire face aux imprévus.

François

06 janvier 2009

EN MONTAGE 3

J'aurais aimé avancer davantage. Non pas que j'aie participé à un excès de réception du Temps des Fêtes 2008-2009; elles auront été plutôt modestes. Je me suis simplement buté à la résolution d'un problème technique. Il a fallu que j'achète un nouveau caméscope; Hugues m'aurait prêté l'un des siens pour transférer les images de Paris sur un disque dur; cette opération s'appelle la capture; sauf que depuis 2002, le nombre de cassettes mini-dvd accumulée constitue une banque d'archives qu'il m'est impossible d'abandonner; elles n'ont pas toutes été capturées; tôt ou tard, j'aurai besoin de l'une d'elles et vaut mieux avoir un caméscope sous la main pour ce faire. Cette caméra en fait va me servir principalement de magnétoscope; et il est probable que j'aurai à l'utiliser pour faire d'autres images.
J'ai acheté une toute petite Sony DCR-HC52; elle n'est pas haute définition, mais c'était la seule marque qui était en mesure de lire les cassettes enregistrées à Paris en PAL; Samsung et Canon n'y arrivait pas. Ce magasinage a donné lieu a de multiples aller-retour sur la Rive-Sud. Essais, erreurs, déballage, remboursement, rachat...
Je n'étais pas au bout de mes peines. Le paramétrage du logiciel utilisé pour le montage Final Cut Pro est complexe et, pour le moment, je n'arrive pas à capturer les images selon la formule habituelle. J'ai trouvé une façon avec IMovie; mais il me faut doubler les opérations pour y arriver.
Finalement, depuis hier les premières images de Paris sont stockés et prêtes à être manipulées. Passons sous silence, les péripéties entourant l'achat d'un autre disque dur.

***
Mes opérations d'écritures se sont limitées à répondre aux Voeux qui m'avaient été transmis par courriel ou par Facebook. Ceux d'une amie de Laurent à Science Po m'ont touché particulièrement: il y a encore des images qui me parviennent.

17 décembre à 17:02
Cher François,

Je voulais prendre l'occasion de vous remercier pour votre message et pour le petit panda que vous m'avez envoyé lors de mon anniversaire en novembre. Merci beaucoup, c'était tellement gentil de votre part d'avoir pensé à moi et je l'ai lu, comme j'ai lu le message de l'année passée, avec un grand sourire sur le visage.

Je pense souvent à vous et à votre famille aussi. D'après le peu que j'ai connu de Laurent, de vous, et ce que j'ai lu sur votre blog (que je lis très fidèlement, parfois avec des larmes, parfois avec des rires, parfois avec fascination, toujours avec appréciation pour le regard unique et précieux que vous portez sur la vie et les êtres humaines), vous êtes vraiment des gens d'une rare qualité. (Désolée, après trois ans en France mon français est toujours aussi pénible.)

Je ne sais pas si ça vous intéresse, mais il y a rarement un jour qui passe où je ne pense pas à Lo. J'allume une bougie chaque année pour son anniversaire, et même si je ne crois pas en dieu, je dis une petite prière pour lui chaque fois que je me retrouve dans une des belle cathédrales qui se trouvent partout ici. C'est une prière de remerciement, de joie, et d'espoir : tout ce qu'il représentait pour moi. Et j'essaie de partager cette flamme d'espoir et de joie de vivre tant que je peux: chaque fois que je rencontre quelqu'un en qui je vois un peu de cette mélange de gravité, curiosité, respect, taquinerie, et joie...je leur raconte l'histoire d'un ami à moi, et pourquoi ce n'est juste pas la peine de stresser dans la vie, même si c'est facile à faire, et comment il faut embrasser le ciel chaque matin, et apprécier chaque instant et chaque personne qu'on a la chance de connaître parce qu'elle est tellement précieuse et tellement belle, cette vie, quoi que remplie de luttes et de solitude aussi.

Je voulais aussi partager un vidéo avec vous que je viens de revoir en nettoyant mon ordinateur.
video

...Je m'excuse d'avance pour le langage un peu grossier, on était tous, bien evidemment, un peu bourrés.... Cela devait être le 15 février 2006, car c'était l'anniversaire du frère de mon ex , il a le même anniversaire que mon petit frère. Il y avait aussi un ami à Marc, Adrien, ainsi que Yumiko, une cousine des R. et une Mexicaine qu'on ne voit pas. J'étais en train d'embêter Laurent avec un petit tournage de video alors qu'il mangeait du gateau que j'avais préparé pour l'anniversaire de Marc. Ça s'appelle un "texas sheetcake," normalement le glaçage pour ce gâteau se fait avec un ingrédient qui s'appelle "buttermilk" mais comme je n'en avais pas à paris j'ai rajouté un peu de vinaigre blanc au lait avant de mélanger le glaçage, je crois que tout le monde l'a beaucoup apprécié ce soir là. C'était la soirée où j'avais demandé à Laurent de me raconter des histoires de son enfance : j'étais captivée par l'image qu'il créait avec ses mots, je voyais presque les champs et les villages au Canada où il apprenait l'anglais avec son ami d'enfance.

En tout cas, j'espère que ce message vous retrouve en bonne forme, je souhaite tous mes voeux de bonheur et de paix pour l'année 2009 à vous et à votre famille.

Bien cordialement,

Katherine


5 janvier à 10:35
Chère Katherine,
Comme vous le voyez, il me faut aussi beaucoup de temps pour répondre. Votre message m'a fait énormément plaisir. Votre français est d'une très grande qualité; je comprends mal ce que vous lui reprocher; je m'estime chanceux d'avoir le privilège de faire votre connaissance en héritant d'un tel témoignage.
Cela confirme à quel point Laurent savait s'entourer d'amiEs exceptionneLLEs...et profiter de toutes les occasions de faire la fête. Il avait de qui retenir.
Merci beaucoup pour le clip; je le garderai précieusement et le partagerai aussi via le blogue qui lui est dédié...
Je souhaite que l'An 9 soit pour vous, rempli de Surprises agréables, de Succès dans vos entreprises et de Sérénité pour faire face à tous les imprévus...
Si jamais vous venez au Québec un jour, faites-le moi savoir... j'aurais grand plaisir à faire encore plus ample connaissance avec la grande dame que vous êtes en train de devenir...
À+
François


21 décembre 2008

EN MONTAGE 2

C’est le 3e Noël que je devrai passer sans une présence manifeste de Laurent.
Il n’y a pas de lettre, ni de carte postale à attendre. Pas de téléphone, pas de courriel.
Le 24, avant de nous rendre réveillonner chez des amis, j’irai avec Michèle allumer une lanterne sur sa tombe; je lui redirai une fois de plus à quel point il me manque.

Aujourd’hui, sans le revoir dans son ensemble, j’ai terminé un 1er assemblage de l’hommage qui lui a été rendu à l’église d’Hemmingford. Même s’il me reste du temps libre, je ne me sens pas en mesure de toucher au matériel du cimetière.

Il pleuvait. Le ciel s’en était mêlé. Derniers adieux de sa famille et de ses collègues de l’université McGill. La famille est partie en premier. Sont restés autour de Yumiko tous ces jeunes de nationalité et de couleur différentes, à se recueillir selon leurs traditions. Certains jettent des fleurs, d’autres de la terre; il y a celles qui prient; ceux qui n’osent s’approcher de la fosse. Plusieurs plans sont remarquables : cinq étudiants vêtus de noir à l’écart comme une haie d'honneur; des grains de terre qui restent collés au creux de la main ou que l’on essuie sur son pantalon; une larme au bout du nez.
Comment travailler dans l’intimité du chagrin et de la déchirure?

Cette sélection sera pour la prochaine fois.

15 décembre 2008

EN MONTAGE


Le 5 décembre, Laurent aurait eu 25 ans.
Tom Whyte est venu souper; c’était son ami d’enfance du voisinage.

La semaine auparavant, j’avais loué un magnétoscope avec lequel j'ai pu transférer sur un disque dur le matériel qu’avait filmé Serge Giguère et sa fille Catherine, à l’occasion des funérailles , ainsi que celui tourné en France et en Chine.
Deux DVD avaient été gravés à l’ONF, avec la complicité de Nicole Hubert, une productrice des Productions du Rapide-Blanc. Malheureusement, le code temporel n’y était pas inscrit; il m’était impossible de synchroniser les deux caméras qui avaient pourtant roulé simultanément.
Grâce à mon ami Hugues Tremblay, j’ai compris que je n'avais d'autre choix que de retracer les originaux. Ça prit le temps qu'Il fallait. Il me reste encore à stocker les images qui ont été filmées à Paris par Lionel Cauchois, un cousin de mon filleul Alexandre; n'ayant pu programmer adéquatement le magnétoscope loué, l'opération de transférer ce matériel enregistré en PAL se fera plus tard. Hugues va me prêter sa caméra pour le faire. La mienne a rendu l'âme. Elle m'accompagnait depuis février 2002 et avait servi entre autre sur l'Atlantique.

J’avais trop hâte de débuter enfin le montage du film que je veux faire sur Laurent.
Le 7 décembre, j’ai commencé par les funérailles.
Serge et Catherine ont vraiment couvert l’événement avec beaucoup de sensibilité et de générosité.
Je veux y aller au rythme de l'énergie dont je dispose. C’est commencé. J'ai assez procrastiné.

***

Entendu cette semaine à la radio, une entrevue du comédien français Patrick Chesnay qui a perdu son fils en octobre 2006 dans un accident routier. Il a fait un film , fondé une Association et écrit un livre qu'il vient de lancer.

IL EST OÙ FERDINAND? ou Journal d'un père orphelin.
Mon fils Ferdinand s'est tué sur le périphérique à 3 h 19 du matin, le vendredi 13 octobre 2006. Il avait eu vingt ans la semaine précédente. Le 5. Il ne conduisait pas mais le conducteur avait bu. Ils se sont embarqués dans le mauvais sens du périphérique. Le lendemain de son enterrement, où il y avait eu une succession de célébrations très belles, un ami m'a dit que grâce à cette journée, Ferdinand avait vécu quelques années de plus. Cette réflexion m'a beaucoup troublé. J'ai alors décidé d'essayer à mon tour de faire vivre mon fils en écrivant au jour le jour tout ce qu'il me restait de lui. Au fil des tournées en province, des villes, des rencontres, des événements, des tournages de ma vie d'acteur, j'ai noirci des feuilles et des feuilles, où je racontais son enfance, son adolescence, nos rapports, l'incommensurable chagrin. C'est un ouvrage écrit comme ça, comme ça venait... Un ouvrage fait, je crois, de douleur et d'amour. Un ouvrage pour permettre à Ferdinand, mon fils bien-aimé, d'exister quelques années de plus. Peut-être.

http://www.myspace.com/associationferdinand